Dans le Rhône, plus de 440 000 personnes risquent de rester à la porte de leurs droits faute d’aisance avec le numérique. Derrière l’image d’une métropole connectée et dynamique, l’inclusion numérique est un besoin massif et des acteurs de proximité comme Apprendre Maintenant, à Vénissieux, sont en première ligne.
Demander le RSA, actualiser sa situation auprès de France Travail, prendre un rendez-vous médical, inscrire un enfant à la cantine : presque tout passe désormais par un écran. Pour une partie de la population, cette dématérialisation n’est pas une simplification, mais un obstacle. Le Rhône, malgré la vitalité de Lyon et de son agglomération, n’échappe pas à cette réalité.
Ce que disent les chiffres
L’outil PORTREA, développé par le Hub Bretagne, la TiLab et le Lab Accès pour cartographier la fragilité socio-numérique des territoires, livre un diagnostic sans ambiguïté pour le département du Rhône.
| Indicateur PORTREA – Département du Rhône (69) | Effectif |
|---|---|
| Personnes ayant potentiellement des difficultés avec le numérique et les démarches en ligne | 441 681 |
| Personnes ayant potentiellement des démarches en ligne régulières et complexes à réaliser | 506 670 |
| Population de plus de 15 ans | 1 549 565 |
apporté à la population de plus de 15 ans, cela représente près de 3 habitants sur 10 (environ 28,5 %) potentiellement en difficulté avec le numérique, et un tiers (environ 33 %) exposés à des démarches dématérialisées lourdes. Ces deux populations se recoupent largement : ce sont souvent les mêmes personnes qui ont le plus de démarches à faire et le moins d’outils pour les mener.
Derrière les chiffres, des visages
Les données de profil du territoire montrent qui est concerné au premier chef :
- Les seniors : 326 452 habitants ont plus de 65 ans, dont 117 951 sans diplôme. Beaucoup n’ont jamais utilisé d’ordinateur au travail.
- Les personnes peu ou pas diplômées : 115 229 personnes de moins de 65 ans n’ont aucun diplôme, ce qui complique l’accès à l’emploi comme aux démarches écrites.
- Les demandeurs d’emploi : 100 783 personnes sont au chômage, et toute leur recherche, candidatures, actualisation, formation, passe par Internet.
- Les allocataires des minima sociaux : 405 887 bénéficiaires du RSA, de la prime d’activité ou de l’AAH, dont les droits dépendent de déclarations en ligne régulières.
Pour ces habitants, une démarche mal remplie ou oubliée peut signifier une suspension de droits, un trop-perçu à rembourser ou une opportunité d’emploi manquée. La fracture numérique devient alors une fracture sociale.
Les associations, maillon indispensable
Face à un tel volume, les services publics ne peuvent pas tout. L’inclusion numérique repose sur un écosystème : conseillers numériques, France Services, médiathèques, centres sociaux — et, surtout, associations et organismes de proximité.
Leur force tient en trois mots :
- Proximité : ils sont implantés dans les quartiers, là où vivent les publics les plus éloignés, souvent dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville.
- Confiance : on pousse plus facilement la porte d’un lieu connu, où l’on est reçu sans jugement, que celle d’une administration.
- Durée : au-delà du « faire à la place » ponctuel, ils permettent d’apprendre à faire seul, pas à pas, et donc de gagner en autonomie.
À Vénissieux, l’est lyonnais en offre un bel exemple : la commune s’appuie sur ses médiathèques, son fablab et un réseau associatif dense pour réduire la fracture numérique. Mais les besoins dépassent encore largement l’offre.
Apprendre Maintenant : le numérique accessible à tous, depuis Vénissieux
Basé à Vénissieux, Apprendre Maintenant a fait d’une conviction sa devise : le numérique accessible à tous. L’organisme accompagne particuliers, demandeurs d’emploi, salariés, indépendants et entreprises, des premiers pas sur un ordinateur jusqu’aux certifications reconnues.
Ce qui le distingue :
- Une pédagogie concrète et progressive, centrée sur les usages réels : gérer ses mails, ses documents, ses démarches, puis les outils bureautiques et collaboratifs.
- Un accompagnement humain, adapté au niveau et au rythme de chacun, en petits groupes; une équipe de 6 formateurs pour une cinquantaine d’apprenants par an.
- Une qualité reconnue : l’organisme est certifié Qualiopi, ce qui ouvre l’accès aux financements publics.
- Des parcours finançables via le CPF, les OPCO ou les FAF, pour que le coût ne soit pas un frein supplémentaire.
- Un objectif d’employabilité et d’autonomie : il ne s’agit pas seulement de dépanner, mais de rendre chacun capable d’agir seul.
Dans un territoire où un tiers de la population est exposé à des démarches en ligne complexes, ce type de structure fait le lien entre l’urgence sociale et l’insertion professionnelle durable.
Soutenir ceux qui font
Le constat est clair : dans le Rhône, l’inclusion numérique n’est pas une question marginale, c’est un enjeu qui touche près de 450 000 personnes et conditionne leur accès aux droits, à l’emploi et à la santé.
Répondre à ce défi suppose de :
- Reconnaître le rôle des associations et organismes de proximité comme partenaires à part entière des politiques publiques.
- Financer dans la durée leurs actions, au-delà des appels à projets annuels.
- Mieux orienter les habitants vers ces structures, en s’appuyant sur des outils comme PORTREA pour cibler les quartiers les plus fragiles.
- Mettre en réseau les acteurs, collectivités, CCAS, France Services, associations, organismes de formation — pour éviter les ruptures de parcours.
Des structures comme Apprendre Maintenant à Vénissieux montrent qu’il est possible de transformer une difficulté en compétence. À nous, collectivités, partenaires et citoyens, de leur donner les moyens d’aller plus loin.